Une démocratie peut nourrir en son sein ...

je suis CHARLIE, nous sommes CHARLIE

« Une démocratie peut nourrir en son sein,
à son corps défendant, ses ennemis mortels »

 
En novembre 2011, avec l’incendie criminel qui avait ravagé son siège, Charlie Hebdo avait déjà payé un lourd tribut au terrorisme.
A l’époque, j’avais pensé naïvement que les terroristes allaient en rester là.
Grave erreur ! Ce premier crime n’avait pas étanché leur soif de vengeance.
Le terrorisme islamiste ne se contente pas d’infliger à ses victimes des dégats matériels. Je ne le sais que trop. L’Algérie, mon pays d’origine, garde encore les stigmates des abominations qu’il a commises. Et la récente décapitation barbare du pauvre Hervé Gourdel nous a rappelé que, même très affaibli, il continue à répandre l’horreur.
 
Ce terrorisme vient donc de s’abattre brutalement sur la France, ce 7 janvier 2015, avec ce coup terrible porté à Charlie Hebdo.
Un massacre barbare, froidement perpétré, minutieusement préparé. Douze morts, dont quatre qui n’ont aucune responsabilité dans la publication des caricatures du prophète.
 
Tous les autres font partie de la rédaction de Charlie Hebdo. Les tueurs ont supprimé la fine fleur de cet hebdomadaire, unique en son genre. Un journal fabriqué par des adultes qui n’ont jamais abdiqué leur enfance. Quel que soit leur âge, ils sont tous restés des ados dissipés, chahuteurs, imprégnés de l’esprit potache et farouches adeptes de l’impertinence. Et toute cette équipe partageait le même immense talent. Celui de faire rire, quel que soit le sujet abordé.
 
Ces deux grandes qualités de Charlie Hebdo, la fraîcheur d’esprit et le sens de l’humour sont considérées comme deux grandes tares par les terroristes islamistes. Eux, même jeunes, sont vieux dans leur tête et ils sont totalement allergiques à l’humour.
L’humour ! C’est en le pratiquant quotidiennement, même dans les pires moments, que les algériens ont résisté aux hordes terroristes. Peut-être fera-t-on paraître, un jour, un recueil des histoires drôles qui circulaient en Algérie, durant les années quatre-vingt-dix
Mais les algériens n’avaient pas un journal comme Charlie Hebdo pour publier les plus corrosives, celles qui faisaient rire aux dépens du pouvoir et des bigots. Un tel journal ne peut vivre et s’épanouir que dans une démocratie. Tout citoyen doit donc se réjouir de l’existence de ce baromètre, qu’aucune dictature, fut-elle tiède, bonnasse ou dure ne saurait tolérer.
 
Mais hélas, une démocratie peut nourrir en son sein, à son corps défendant, ses ennemis mortels.
Ce sont ceux-là même qui ont voulu tuer Charlie.
Au nom de l’Islam, plongeant dans la honte et la consternation l’écrasante majorité des musulmans de France et du monde.
Car les musulmans n’ont rien à voir avec les terroristes islamistes. Est-il besoin de rappeler les innombrables crimes commis en terre d’Islam par ceux que des journalistes algériens ont nommé les khmers verts ?
 
Mais ceci ne doit pas empêcher les musulmans de s’interroger sur cette dérive sectaire qui a produit ces bandes de criminels obscurantistes. Comment en est-on arrivé là, quels sont les gourous qui procèdent si efficacement aux lavages de cerveau ? Qui les finance ?
 
Comment revenir à l’Islam paisible de nos parents ? Pourquoi eux qui avaient moins d’instruction étaient-ils moins bornés, plus ouverts ?
Par quelle aberration des individus se permettent le crime absolu d’oter la vie à une créature de Dieu, en clamant « au nom de Dieu, le Clément et le Miséricordieux ». Comment peut-on prononcer ces mots, en étant soi-même dépourvu de toute clémence, en ne faisant preuve d’aucune miséricorde ?
Par quel triste cheminement en est-on arrivé à brâmer des « Allah Akbar » pour signer les plus noirs forfaits ?
Comment a-t-on pu leur faire croire qu’on a droit au Ciel, à des « traitements de faveur » si on meurt avec du sang innocent sur les mains ?
Le mal, hélas, est profond, il faudra du temps pour l’éradiquer, pour détricoter les certitudes et instiller dans les esprits corrompus ce doute salutaire.
Nietzsche nous avait prévenu : « ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude ».
 
Que toutes les victimes de cette folie meurtrière reposent en paix. Que leurs familles trouvent ici l’expression de mes condoléances attristées. Que les rescapés puissent surmonter leur traumatisme et continuer à faire vivre Charlie.
 
PS : Au moment où je terminais ce texte en hommage, on l’aura compris à Charlie Hebdo, l’assaut n’était pas encore donné par le RAID contre le terroriste barricadé dans l’Hyper Cacher avec les clients du magasin, pris en otage.
Bilan : quatre morts de plus, quatre victimes innocentes dont le seul tort était d’être juifs !!!
 

Kerroum ACHIR, écrivain.


 

 

 

« Article 19 - Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

(Déclaration Universelle des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU à Paris, le 10 décembre 1948.)


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